zoom sur Sophie Ristelhueber


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Sophie Ristelhueber / Le Luxembourg
Du 14 novembre au 23 février 2003

Le présent n'existant que par ce qui l'a précédé, c'est au passé de Sophie Ristelhueber qu'il faut se référer pour suivre le cheminement qui a conduit l'artiste à concevoir et réaliser un projet inédit pour le musée Zadkine. Premier indice d'une aventure possible : le choix fait par Ristelhueber en 1990 d'exposer son travail photographique Mémoires du Lot à l'intérieur de la chapelle des Arques, village d'adoption d'Ossip Zadkine fortement marqué par son souvenir et la présence de sa sculpture. Un tel précédent jouera en faveur du musée, le moment venu, mais Le Luxembourg s'enracine plus loin dans l'histoire personnelle de Ristelhueber.

En effet, la proximité du musée Zadkine -lieu très intime- avec le jardin du Luxembourg, ancienne aire de jeu de son enfance parisienne sert ici de prétexte et de fil conducteur à Ristelhueber pour re-visiter son territoire d'enfance. Une traversée qui, à l'instar de la troublante série consacrée à sa maison de famille Vulaines (1989), n'est pas sans péril et la conduit à rompre avec différents usages de la photographie, ne serait-ce que dans le choix des supports de l'image ou le dispositif habituel de présentation. Minimales dans leur volonté de représentation et monumentales par leur format, les photographies du Luxembourg de Ristelhueber, installées au musée Zadkine, constituent aussi une réflexion sur l'espace. Pénétrant ce lieu de part en part, à l'intérieur comme à l'extérieur, de l'atelier au jardin, elles font mieux que s'y imposer, elles décapent le regard. Et ce faisant, permettent à l'artiste de " casser " certains clichés : l'image convenue -souriante et nostalgique- de "ce cher bon vieux Luxembourg" ou le côté par trop protégé de l'ancienne demeure-atelier du sculpteur.

Ce qui rend si bouleversantes les installations photographiques de Ristelhueber c'est que nous sentons s'y évanouir dans la fausse vérité des apparences, toutes nos certitudes visuelles. Dans les Détails du monde, titre qu'elle a donné au catalogue-livre publié en 2001 à l'occasion de sa rétrospective au Museum of Fine Arts, Boston, Ristelhueber rapproche sa façon de travailler de celle de l'archéologue (photographier et indexer) et confesse son intérêt quasi obsessionnel pour "la marque profonde, la surface entaillée". Si, comme elle l'a écrit, l'homme parle par ses traces, les plaies qu'il reçoit ou laisse sur le terrain, c'est bien que le courage aussi fait partie de l'acte créateur. Chez Ristelhueber il en est, au même titre qu'une exceptionnelle douceur, un levier.
Noëlle Chabert, Conservatrice du musée Zadkine.

Musée Zadkine
100 bis, rue d'Assas
75006 Paris
web : http://www.paris-france.org/musees/zadkine