Henri FOREAU "Une inspiration élégiaque"

 Si la galerie Les Oréades, à l'occasion du vingtième anniversaire de son existence, a choisi de présenter à nouveau des oeuvres d’Henri Foreau, c'est que cet artiste témoigne au plus près du mode sensible que nous avons toujours souhaité faire partager dans l’exercice de notre profession.

De plus, amenés à subir une période d'instabilité remettant en cause des valeurs qui nous sont précieuses, nous avons considéré qu'il était symbolique de rendre hommage à un maître qui, tout en laissant percevoir dans la moindre de ses esquisses la mouvance sous-jacente et imprévisible des éléments, se réfère à la limpidité, à la quiétude et à la méditation, pour mieux nous rappeler encore à la fragilité des certitudes qu'elles procurent.

En réunissant et proposant cet ensemble, la galerie Les Oréades fait acte de foi en la pérennité d'une approche de l'art qui témoigne de cette recherche d'adéquation entre le mode d'expression de l’artiste et l'essence même d'une aspiration que le temps écoulé et l'implacabilité du quotidien ne sauraient faire disparaître.


"Le Jardin des Tuileries"


"Le halage"


"Le halage" (détail)


"Glaneuses au soleil"


"Glaneuses au soleil" (détail)



"La halte sur la route de Châtellerault"


"Les Gabarres"

 Comme en littérature, où les mots restent à la portée du premier venu, un artiste qui peint comme personne avec les matériaux de tout le monde est probablement plus proche de la modernité au regard de celui qui peint en définitive comme tout un chacun, avec des moyens qui s'en différencient.

En musique, à moins de prétendre que le système harmonique n'en pouvait plus d'être décadent, y compris sous la plume de compositeurs tels que Mahler, Strauss, Ravel, Debussy ou Poulenc, effectivement peu enclins à se rendre amnésiques de ses règles, nul ne songerait aujourd’hui encore à les disqualifier sous prétexte qu’à la même époque les adeptes de l’Ecole de Vienne avaient jugé nécessaire de rompre les amarres.

Suivant la démarche ayant conduit certains à se montrer condescendants sinon intolérants envers les compositeurs restés hermétiques à la révélation d’une musique sérielle que l’on s’évertue étrangement à qualifier de contemporaine depuis le début du 20ème siècle, au 19ème, leurs homologues intuitionnistes auraient du bouder leur émotion du seul fait que Chopin, à titre d’exemple, se plaisait à proclamer son admiration envers Mozart et Bach, à preuve ses 24 Préludes selon l'ordonnancement des tonalités du Clavecin bien tempéré.

Ainsi certains artistes, tenant davantage à marquer leur déférence plutôt que leur différence, ont volontiers, tel Henri Foreau, laissé transparaître l'influence des maîtres du dessin du 18ème français, des symbolistes et des impressionnistes.

Sans vouloir établir un parallèle dans l’échelle des valeurs, alors que je viens tout juste d’en dénoncer les excès, il est plaisant de rappeler que la Passion selon Saint Matthieu a été « redécouverte » par Mendelssohn et interprétée sous sa direction en 1829 à Berlin alors que Jean Sébastien Bach, tombé dans l’oubli, et dont les oeuvres n’étaient même pas publiées, est mort en 1750.

C'est dire que l'originalité dépend parfois de l’intention pure et manifeste de ne pas s'en soucier, afin de donner libre cours à l'épanouissement d'une extraordinaire capacité de synthèse entre l'acquis et l'inspiration, celle qui, le temps faisant son oeuvre, permet d'être à nouveau considérée et parfois portée aux nues.

S'agissant d'énoncer les multiples raisons pour lesquelles Henri Foreau est resté si durablement à l'écart du marché de l'art, alors que sa notoriété de son vivant était telle qu'entre autres Musées français et étrangers, le Cabinet des dessins du Musée du Louvre possède cinq de ses aquarelles et que deux de ses toiles figurent dans les collections du Musée d'Orsay, il est à supposer que le caractère de son mode d'expression, chargé d'une sollicitation discrète envers notre capacité de compassion et faisant apparaître avec une insistance pudique la dépendance de l'homme envers la nature, allait à contre-courant de l'esprit du temps de l’après-guerre. Par ailleurs, l'attachement porté par différents collectionneurs à ses oeuvres, leur réticence à s'en séparer, l'absence totale d'exposition après sa disparition, tout a concordé dans une période de rupture pour mettre en sommeil la notoriété acquise et pour que les nombreuses oeuvres conservées par ses héritiers ne voient plus le jour durant un demi-siècle.

Rappelons que de son vivant, Henri Foreau a exposé chaque année au Salon des artistes français, ce depuis l'âge de ses vingt-deux ans en 1888 jusqu'à sa disparition en 1938, et dans des galeries aussi prestigieuses que la galerie Obach à Londres dès 1908 (56 oeuvres), la galerie Brame en 1924 (41 oeuvres) et la galerie Georges Petit en 1928 à Paris (76 oeuvres), pour ne citer que trois des nombreuses expositions réalisées et dont les catalogues, parmi ceux retrouvés, énumèrent les oeuvres présentées.
Pour sa part la galerie Les Oréades a présenté des oeuvres de Henri Foreau depuis plus quinze ans, lors de plusieurs expositions à Paris, à Toulouse, Genève, Moscou, et tout récemment, à Barcelone.
Une place prépondérante est réservée à cet artiste dans les collections présentées sur le site internet de la galerie Les Oréades aux adresses électroniques suivantes:
http://www.henriforeau.com. et http://www.lesoreades.com

Edmond Rosenfeld Directeur de la Galerie Les Oréades


Henri FOREAU
"Une inspiration élégiaque"

Du 05 au 16 mai 2004

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