Petite histoire du corps dans l'art moderne et contemporain
Bertrand Naivin, 19 décembre 2006
Un corps, des “être-corps”
Quoi de plus présent dans l’Art que le corps. Des premières Vénus aux travestis de Philippe Pasqua, l'humanité semble en effet n'avoir cessé de le représenter. Une obsession légitime pour cet ensemble de tissus et de fluides, de poils et de cellules qui, héritage d'une ancestrale animalité, s'avère également être l'écrin de notre singulière conscience, et ne pouvait à ce titre qu'interroger l'homme sur ses origines comme sur sa finalité.
C'est donc un nombre incalculable d'organes et d'humeurs qui furent peints, sculptés, photographiés, numérisés, exposés, et ce depuis les Arts Premiers jusqu'aux actuelles expérimentations biotechnologiques, offrant en cela une galerie à l'hétérogénéité improbable. De sorte que cette diversité dévoile à son tour un autre état paradoxal de notre corporéité. Car si nous n’avons qu’un seul corps, si l’Homo Sapiens que nous sommes n’a pas connu depuis sa sortie de la Préhistoire de véritable révolution morphologique, ses multiples représentations réfutent quant à elles toute notion de norme. Autrement dit, son unicité scientifique se voit parasitée, remise en cause par une multiplicité de corps sociétaux et psychologiques. Une physiologie générique abritant des "être-corps" que l'histoire de l’Art illustre, cartographie, recense, collecte.
Et parce qu'il importe aujourd'hui de questionner un corps contemporain pris entre virtualité et génétique, nous nous pencherons chaque mois de cette année 2007 sur l'histoire de ses représentations produites par l'Occident moderne et contemporain. Une relecture qui ira des prémisses de l'ère industrielle -tant celle-ci opéra une cassure dans notre façon de vivre et donc de se représenter notre matérialité- aux débuts d’une post-humanité aussi désirable qu’effrayante.
Chronique de février : "l'Origine du monde de Courbet ou le premier corps mis à nu."
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