Hier l’Europe, aujourd’hui la reconnaissance…
Bilan de l’année 2005 dans les arts visuels polonais


Par Olivier Vargin, Doctorant en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Provence

 Riche en enseignements, feux d’artifices de couleurs et de formes, constructive d’un point de vue historique et pédagogique, tels pourraient être les substantifs pour qualifier ou synthétiser l’année 2005 pour les arts visuels polonais. D’une actualité sans répit, les arts visuels polonais connaissent, en cette année 2005, une période d’épanouissement et de développement propice, il faut l’espérer, à un avenir confiant.

Regard sur l’année 2005.

Portée par une saison 2004 riche en évènements et en succès (pensons notamment â la saison culturelle polonaise NOWA POLSKA en France), l’année 2005 ouvre la saison dans la continuité de l’échange et de l’inter-culturalisme de point de vue artistique comme institutionnel. Pensons a l’étroite collaboration entre l’association APOLLONIA, le Musée National de Szczecin, les centres d’art de Strasbourg (France) et de Thessalonique (Grèce) pour la réalisation de l’exposition itinérante (d’une durée d’un an) : Identités contemporaines, création artistique actuelle en Pologne, ou les nombreux liens et échanges sous forme d’exposition, de partenariat ou de colloques orchestrés par l’association franco-polonaise POLART.

En France comme en Belgique, en Autriche ou en Italie entre autres, les artistes polonais prennent places et présentent aux passionnés, curieux et professionnels de l’art (de ces pays), dans un esthétisme, un réalisme et un radicalisme atypiques, un art lucide capturant de bout en bout les fragments et les pièces d’un présent et d’une réalité nourrit et désagrégés à la fois par les désillusions d’un temps à l’heure de la consommation. Comme en témoignent les expositions Varsovie-Moscou à la Galerie Zacheta ou six mois plus tard Transit Space au château Ujazdowski, les nombreux évènements en France (Blow up du collectif Latarnik en fevrier 2005 ou Monika Maria Matraszek à Strasbourg en novembre 2005…), la présence de la Pologne à la foire européenne d’art contemporain de Strasbourg (novembre 2005) ou la reconnaissance du gotha international de jeunes et talentueux créateurs comme Artur Zmijewski, Pawel Althamer, Katarzyna Kozyra ou Robert Kusmirowski lors de manifestations de grandes envergures comme la Biennale de Venise ou la Kunsthalle de Vienne… En ce sens, l’on peut dire que l’art polonais s’est très bien exporté et a fait, plus que bonne figure au sein du milieu artistique occidental.

Si les caractères inter et multiculturel s’instituent comme l’un des traits les plus importants pouvant définir la substance de l’année 2005, les notions d’identité et de mémoire en sont également de la partie. Comme l’illustre de fort belle manière les expositions au Bunkier Sztuki (Cracovie) d’Edward Dwurnik et Oskar Dawicki (janvier-mars) puis de Rafal Bujnowski (mars-avril), celle d’Aleksandra Kleczkowska (The Icons of the present, juin-septembre) au CWS Laznia à Gdansk, celle de Mirosław Bałka et de son œuvre Bon voyage (mars) au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Loin de s’inscrire dans la même perspective, l’exposition des affiches polonaises au Musée de l’Affiche à Wilanow (novembre-décembre) convie, elle aussi, dans un registre différent à une construction à la fois identitaire et patrimoniale.

Faisant le point sur lui-même, préoccupé par son identité et sa construction historique (notamment depuis la chute du communisme), l’art contemporain polonais présente une actualité foisonnante et à ce propos, un grand nombre d’expositions que l’on pourrait qualifier de «panoramique» - c’est-à-dire essayant de dresser le portrait ou le paysage de la scène artistique polonaise de ces quinze dernières années. L’exposition «Egocentriques, immorales, démodées…» (septembre-octobre 2005) à la Galerie Zacheta témoignant de cette volonté. Outre cet aspect fondateur de construction, l’art polonais fait également état d’un esprit subversif à la hauteur de la société dans laquelle il est immergé. Esprit qui commence à délier les langues et les expressions face au conservatisme ambiant et l’ombre menaçante de la censure. Aussi éphémères soient-elles, les projections critiques de Krzyzstof Wodiczko sur les murs de cette même Galerie Zacheta (novembre), la performance de Katarzyna Kozyra Diva réincarnée au CSW (décembre), ou l’exposition privée d’un soir (30 septembre) Ukryty Skarb/Hidden treasure dans les enceintes d’un important hôtel de la capitale sur la thématique de la sexualité et de l’érotisme en attestent.

Si l’année 2005 se présente, comme vous avez pu le lire, comme une année faste portée par l’échange (Nowa Polska) et les volontés constructives de quatre grandes institutions artistiques que sont la CWS Łaznia de Gdansk, le Bunkier Sztuki de Cracovie, la Galerie Nationale d’Art Zacheta et le Château Ujazdowski, ainsi qu’une saison riche en évènements et en émotions, l’année 2005 pointe néanmoins du doigt un problème important* qu’est celui du manque de moyens financiers, affectant un grand nombre d’artistes polonais (pas encore médiatisés) ne pouvant exploiter pleinement leurs créativités et leurs talents.

Somme toute, souhaitons aux arts visuels polonais une année aussi faste que 2004 et 2005, assortie pourquoi pas d’un surcroît de moyens.

* Problème que l’on retrouve par ailleurs dans un grand nombre de pays d’Europe Centrale et Orientale voire d’Europe Occidentale. Voir article d’Amiel Grumberg. Revue Beaux-arts magazines. « L’Europe à 25 : la culture d’Est en Ouest ». n°239, avril 2004 ; Entretien « Quelques centimes pour la culture, siouplaît ! » de Solenn Paulic avec Isabelle Schwarz du FEC, responsable de la campagne « 70 centimes pour la Culture !». 31/03/2005.


Robert Kusmirowski.


Rafal Bujnowski


Katarzyna Kozyra