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Yvelyne WOOD 
Par rapport à vos travaux précédents, art polémique, engagé et à la limite du politique, votre veine actuelle semble plus intime et personnelle, est-ce parce qu’après avoir parlé des douleurs du monde et de l’Humanité, vous en êtes venue à exprimer vos propres souffrances ?
Le non-respect des droits de l’homme m’a en effet mobilisé depuis des années. Je confrontais le spectateur aux crimes exécutés contre l’humanité au cours du XXème siècle, pour participer à un devoir de mémoire. L’Histoire se répète même si les conflits changent de lieu, camps de la mort des nazis, Vietnam, Cambodge, Rwanda, Kosovo, Algérie,… Nous assistons impuissants à un éternel retour de la violence et j’ai voulu pour ne pas être totalement inactive face à ces massacres, les dénoncer à ma manière. Mon mode d’expression est plastique, aussi, c’est la sculpture qui convenait le mieux à mes recherches. Mais depuis l’an 2000, j’ai amorcé un tournant dans ma pratique en réalisant des photomontages où je me mets en scène pour faire opérer un glissement dans la façon de représenter la violence. Celle-ci est maintenant directement incarnée dans mon propre corps. Le résultat s’apparente à des témoignages de performances intimes, même s’il traite toujours des événements tragiques qui touchent le monde. Terres Promises ? par exemple, évoque le conflit palestino-israélien, The 11th fait référence bien sur à l’attentat des twin-towers ; dans La Nausée, je me vide de tous les despotes alors que dans La Machine Infernale, image qui découle de L’origine du monde de Courbet, j’absorbe la petite et la grande Histoire, pour arriver à la Non-Histoire (Mère Thérésa, Gandhi, mais aussi Hitler,…) Dans cette dernière œuvre, ma "mythologie personnelle" fait timidement intrusion avec la présence de ma mère. Cela m’a servi de déclencheur, j’ai eu envie ou plutôt devrais-je dire, besoin, d’exprimer mes propres souffrances après avoir parlé des douleurs universelles. Après "Les Blessures de la Mémoire", j’ai donc réalisé en 2002 ces fameux autoportraits sous forme de photomontages de grands formats. Puis, je suis entrée dans le cycle des "Arcanes du Cœur", après la traversée de mes propres enfers et d’un incident : ma voiture, une Twingo rouge, pris feu dans Paris. Ne pouvant me résoudre à laisser derrière moi une masse de métal inerte, je l’ai compressée en forme de cœur, afin de faire renaître de la mort la Vie.
Après avoir crée des sculptures qui résonnaient comme des cris, votre œuvre d’aujourd’hui semble plus intérieure en même temps que vous paraissez plus apaisée, qu’en pensez-vous ?
On peut dire qu’après avoir parlé de la mort et de la souffrance, je voudrais avoir comme propos la Vie, l’amour et l’harmonie entre masculin et féminin qui sous-tendent l’Etre. Le cœur occupe maintenant la place prépondérante dans mon travail ; avec ses métamorphoses, il symbolise pour moi l’homme intérieur. D’où cette intrusion de l’intimité. Avec "Les Arcanes du Cœur" de 2003-2004, j’ai réalisé une série de mobiles suspendus dans l’espace sur lesquels je projette des vidéos sonores que j’ai nommé Lilith ou l’Eden p…erdu.
Vous avez des projets qui vont se réaliser prochainement ?
Oui bien sur, je participe en août à une exposition collective à Berlin et je vais sans doute faire une exposition à Paris dans une galerie américaine : Be. Et à Genève, après extension du Centre d’Art en l’Ile, "Heartbeat", une exposition personnelle, en fera l’ouverture. J’ai un important projet sur lequel je travaille à Genève également, qui sera présenté ultérieurement dans un centre d’art. Il s’intitulera "L’ANTE BIG-BANG". Le titre définitif s’incarnera au cours de la progression de l’installation. Je propose une installation qui sera un voyage dans l’Univers, également un égarement dans le temps, sur les traces de l’Origine. Le public, derrière une paroi vitrée, pourra accéder pour un instant à L’ANTE BIG-BANG, remontant le cours du temps. Le spectateur privilégié sera témoin en direct du souffle de la Transmutation. Dans un tumulte, la matière prendra forme. Au cœur de la tempête de vent, de cendres de roche volcanique, la première forme du sacré s’inscrira dans une poussée verticale phallique ensemençant l’Univers, symbolisé par un bloc de pierre sculpté par le vent. Le premier érotisme de la vie et de la mort imprégnera la matière. Le Cosmos se pourfendra dans un spectre de lumière, dans un univers sonore, alternant entre le tumulte des éléments déchaînés et une composition lyrique. Nous assisterons aux noces du Temps et de l’Eternité. Cette installation se présente en écho avec l’œuvre de Joseph Beuys, The End of the 20th century qui m’a bouleversé. Je participe également à la Biennale d’Art Contemporain de Florence en début décembre 2005.
Quels sont vos désirs actuels ?
Après un voyage au Rajasthan, je travaille sur un bas-relief intitulé Quand Atma rencontre Freud. Atma, qui dans le panthéon indien signifie le moi éternel de l’homme et de l’univers, est représenté sous une forme phallique. Il s’agit d’un travail dans lequel je souhaite faire entrer en résonance la culture indienne et la psychanalyse, que j’ai beaucoup pratiquée, tout comme dans la sculpture “Heartbeat”, où les éléments du masculin et du féminin sont réunis dans une recherche de l’harmonie de l’Etre.
Propos rapportés par Isabelle de Maison Rouge
Web : http://www.art11.com/y.wood
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