
THE 11 TH
oeuvre sur cimaise, technique mixte,
130x130 cm - 2001/2002
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Vous avez choisi de pratiquer l’art de manière polémique et, pour vous l’acte artistique est indissociable du politique, pourquoi ce choix ?
Il y a 3 ans, j’ai pris la parole lors d’un exposition itinérante (Genève, New York) intitulée "Les blessures de la mémoire". Mon engagement est très profond, il m’habite en permanence ; je vis avec mon oeuvre et celle à venir. Je pense que sans mémoire, il n’y a pas d’avenir. Les hommes cultivent leurs différences ce qui amène souvent à l’intolérance, alors que le plus important serait de voir ce qui nous fédère. C’est impératif pour moi et c’est pour cela que j’expose peu en galerie mais surtout dans des centres d’arts, ou au Palais des Nations, à Genève.
Mon art peut être pensé comme politique, mais moi je ne prend pas partie, je dénonce. Je suis contre le non-respect des droits de l’homme.
Je dirais que je n’ai pas choisi ma voie mais que c’est vital pour moi, je me suis sentie appelée. Après cette exposition où j’avais fouillé le passé du XXe s., j’avais commencé un film débutant par l’arrestation des juifs à Paris en 1941. Le film se terminait après un parcours sur les génocides de ce siècle, Rwanda, Kosovo, Pnohm Pen, Vietnam. J’ai réalisé le film à partir d’archives. Je ne pouvais plus vivre avec ces images de population souffrant, d’enfants terrifiés, de femmes massacrées. J’avais commencé ce cycle par une oeuvre en bronze, "Les portes de l’Enfer" qui m’a conduit sur ce chemin de mémoire. Je voulais arriver à quelque chose qui ne soit pas dévolu au passé car on pense souvent au passé quand on parle de mémoire, mais à des évènements qui ne se reproduiront plus. Or, actuellement cela continue.
L’exposition d’aujourd’hui à Genève inaugure la 59e session des Droits de l’Homme. Elle a obtenu le soutien et le parrainage de la Commission des Droits de l’Homme. Le but de cette exposition est de créer un lien. Malheureusement aujourd’hui, beaucoup d’évènements sont susceptibles d’être finalisés dans ce projet (on peut penser au Proche Orient). Cette thématique m’habite en permanence.
L’homme n’est-il habité que par des démons ?
La relation entre bien/mal qui nous habite tous est très intéressante. Elle n’est pas simplement le fait des tyrans. Ce sont les électeurs qui mettent en place les tyrans, alors il faut aussi que nous nous regardions en face. Les élections sont des choses importantes et nous avons la chance de vivre dans des démocraties où nous élisons des hommes, mais ceux que nous choisissons sont à notre image. Le tiraillement bien/mal, nous le sentons au fond de nous et moi je le ressens fortement, comme une nécessité impérieuse. Alors, il faut tenter de transformer cette énergie parfois négative qui nous habite. Je ne crois pas que mon travail soit spécialement sombre mais il traite des questions clés. Il est vrai que lorsqu’on parle de génocide on pense à des images fortes et les ?uvres qui vont émerger de cela seront effectivment très sombres (ex : L’enfant de la guerre où un enfant vietnamien tient une arme et fuit face à des militaires peints sous forme de squelette). Lorsqu’un enfant vit la guerre, l’humanité se condamne elle même.
Vous n’êtes donc jamais apaisée ?
Non, je le serais si on n’entendais pas tous les jours des informations indiquant que des enfants sont morts dans des guerres qu’ils n’ont pas demandées de vivre. Je dénonce et ne cesserais pas. Dans "Terres promises", je met en scène ma propre mort, mon suicide, ma tête explose et on retrouve deux drapeaux de pays en guerre unis. Le monde est infernal ( ce suicide a été réalisé avec une véritable arme, que j’ai mise dans ma bouche).
Vous n’êtes donc jamais apaisée ?
Non, je le serais si on n’entendais pas tous les jours des informations indiquant que des enfants sont morts dans des guerres qu’ils n’ont pas demandées de vivre. Je dénonce et ne cesserais pas. Dans "Terres promises", je met en scène ma propre mort, mon suicide, ma tête explose et on retrouve deux drapeaux de pays en guerre unis. Le monde est infernal ( ce suicide a été réalisé avec une véritable arme, que j’ai mise dans ma bouche).Utilisez vous toujours de nombreux matériaux pour créer vos œuvres ?
Utilisez vous toujours de nombreux matériaux pour créer vos œuvres ?
Oui, le plâtre (en attendant de devenir bronze), la terre (d’abord pigment en attendant de devenir peinture) et je travaille aussi avec des matériaux contemporains car je fais des montages photographiques et de la vidéo. Je n’ai pas encore touché au bois. J’ai également utilisé le miroir et dans l’exposition, une ?uvre s’appelle « Le nombril du monde », dans laquelle le visiteur passe à travers. L’entrée de l’exposition se fait par « La porte de l’Enfer » et la sortie par « Le nombril du monde ». J’ai envie d’essayer les nouvelles technologies.
Parlez nous de l’oeuvre « The 11th » ?
Elle fait référence à l’iconographie et l’oeuvre de Goya puisqu’elle reprend "son" colosse. Sur un fond de ciel nuageux et ténébreux le colosse se dessine. Face à lui, une main monumentale, métallique, très puissante par rapport au bras du colosse, sort de la terre. A ses pieds, un champ de ruines : c’est Manhattan à partir du 11 septembre, avec des drapeaux américains plantés en terre, surmontés des casques des sauveteurs morts dans ces ruines. Un pompier a les bras levé, comme une incantation.
Les guerres étaient présentes au temps de Goya et malheureusement aujourd’hui encore. Le terrorisme est encore pire. Ce colosse et cette main représentent le bien et le mal qui s’affrontent, puissants dans leurs certitudes et qui possèdent toujours à leurs pieds des champs de ruines morales, physiques?
Vos projets ?
Une exposition à l'Université libre de Bruxelles à la rentrée, puis fin 2002 à l'Arche de la Défense où il y aura surtout des oeuvres sur cimaises, comme celle où je vomis les tyrans de l'histoire" et non pas le monde et ses tyrans.
Pascale Orellana
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