Marcoville, rencontre avec un sculpteur pas ordinaire...  

04/2001

 toutes les interviews...
 Elisabeth PONS
• La lithographie originale
 Maki GEORGEON
• L'errance aux pays des origines
 Jean-Pierre GREUZAT
• Le champ de pierre...
 Bernard PRAS
• Peintre et photographe
 Yvelyne WOOD
• Les chemins de l'histoire...
• Artiste engagée !
 Jérôme SANS
• Directeur du Palais de Tokyo
 Cathy CAT RASTLER
• Une artiste multiple !
 MARCOVILLE
• Un sculpteur pas
ordinaire...


MARCOVILLE récupère les débris de verre et en fait de délirants objets-sculptures qui font rêver ... Echange...

"Le verre n'a pas toujours été votre matériau de prédilection. Vous maîtrisez le bois, le métal, la pierre, le papier et le carton, vous gravez, vous peignez, vous faites de belles photos. Depuis quand vous intéressez-vous au verre ?"
"Depuis quinze ans environ. Le verre est pour moi une matière semblable à toutes les autres et même si je ne suis pas maître-verrier, j'utilise le verre, celui qui n'est plus bon à rien, je récupère tout ce qui se jette. C'est un jeu de créer à partir de rien. Cela fait partie intégrante de la création. Tout ce qui nous entoure est matière à création, tout peut devenir encore autre chose et c'est amusant, comme une envie de jouer et de rire, comme les enfants. Quand je vois des vitrines cassées, ces masses de verre foutu m'intéressent et je ne fais que les transformer."

"Vous redonnez une nouvelle vie à la matière ... Est-ce que la matière d'origine vous inspire ?"
"Bien sûr, quand on voit mal quelque chose, on imagine ce que c'est, c'est souvent mieux que la réalité. Quand on s'approche, on s'aperçoit qu'on s'est trompé. C'est ça l'imagination ; voir quelque chose qui n'y est pas !"

"Je trouve votre travail plein de joie, de tendresse, de bonne humeur, en opposition avec la tendance agressive dans l'art contemporain actuel."
"Je suis en peu à contre-courant, je travaille à part."

"Vous aimez bien faire des trompe-l'œil. Faites-vous aussi volontairement des trompe-sens ? "
"Je peux donner le même aspect à une pomme qu'elle soit en métal, en verre, en carton ou en bois de telle sorte qu'on a du mal à distinguer le matériau. Pour moi, le principe est identique, l'acte de création est le même."

"Vous faites vraiment de l'illusion, quand on s'approche de la coupe de bananes, ce ne sont que des plaques de rectangles jaunes bien arrangées, ou bien vos "Nanas" toutes belles avec tout ce qu'il faut, que l'on prend de loin pour des anges ou des colombes, alors que de près se sont de vulgaires filles de joie en froufrous aux tétons provocants."
"Au départ c'est un peu agressif, comme cette "Pute en kit" toute coupante, avec des couleurs bien gueulardes, repoussantes, parce que tant qu'à faire, il faut aller jusqu'au bout, que ça plaise ou non au public. Au début c'est un peu pour embêter le monde, choisir une couleur pour emmerder les gens..."

"En effet, les "nanas" qui surplombent l'escalier du Musée, accrochées sur les balançoires et sur les cordes à nœuds, font un vrai "tapage" silencieux."
"Les gens ici n'ont jamais vu des gosses aussi sages quand ils viennent au musée. Tout le monde est surpris de trouver ça dans l'escalier et c'est bien plus amusant pour les enfants que la visite classique des collections."

"Auriez-vous exposé d'autres pièces si l'espace vous l'avait permis ?"
"J'aurais mis peut-être une troisième "Tribu" pour accompagner les deux présentes. La première "Tribu" : les Gheishas, est fragile, transparente, pleine de grâce ; l'autre, les Négresses est plus dure, comme si elle était en pierre, ce sont deux extrêmes, deux contrastes, et il en existe une troisième, les Poupées Barbies totallement délirante, ça aurait été amusant de présenter un trio."

"A l'intérieur de votre forêt de baobabs et de bananiers je suis impressionnée par la masse de petits morceaux de verre que vous avez du manipuler. Jusqu'où va votre patience ?"
"En fait je ne suis pas patient. Ce n'est pas la patience qui me pousse, c'est la volonté, c'est la passion. Car une fois l'arbre fini je sens que ce n'est pas suffisant, c'est la forêt qu'il faut. Il m'a fallu trois ans de travail pour cette petite forêt et je ne sais pas si je m'arrêterai là."

"Que voilà un bel uni - verre !"
Anna Stachová

Interview réalisée pendant l'exposition.
Printemps 2001
MUSEE NATIONAL DE CERAMIQUE
Place de la Manufacture
92310 SEVRES - FRANCE
Tél. + 33 1 41 14 04 21