Serge Goulet est entré en peinture depuis déjà longtemps. Moine de je ne sais quelle congrégation, il m'apparaît, sous sa bure, comme l'actuelle transposition d'un personnage habité de Ia Renaissance italienne. Sa pétulance paillarde, sa gourmandise - picturale -, son goût de la vie ne l'empêchent pas de plonger dans des réflexions approfondies, sans cesse questionnées, qu'il remâche au cours de ses interminables et journalières promenades sous les arcades de son cloître. Les titres de ses toiles - donc les sujets - participent de ce délire austère qu'on reconnaît chez les solitaires, si bavards lorsqu'ils trouvent un vrai interlocuteur ou qu'ils s'épanchent, comme Serge, clans la peinture. Serait-ce se tromper que d'affirmer que voilà une vie consacrée à lu peinture, une peinture fraîche qui macule les mains. Impossible de rester indifférent à une damnation aussi probante, il faut abandonner les délices fades du paradis pour se jeter dans les affres passionnées de l'enfer. Merci, Serge !
Somptuosité de la matière, richesse de la couleur, c'est comme une explosion pleine de violence, parfois d'agressivité, qui tout à coup s'approche d'un repos heureux, confiant, où la tendresse subtile des roses vient jouer avec les bleus doux. Il faut aimer le concret, une réalité dense qui s'attarde, se construit peu à peu, s'étale, ou bien, vertigineusement, s'empare du sujet, s'ébroue, conquiert, grossit ou grandit, pour savourer ces "hautes pâtes", riches en épaisseurs colorées, à l'opposé de la gratuité, qui font la personnalité rigoureuse, et pourtant chaleureuse, de l'oeuvre de Goulet. Ce mouvement du pinceau qui modèle la pâte, vient la corriger pour, d'un geste qu'on croirait impulsif - et qui est très concerté - s'emparer du sujet, de la surface de la toile et provoquer cette rencontre heureuse du faire et du sentir, de la matière et de la structure dans une alchimie qui demeure la grande joie du peintre - et son drame quelquefois - qui dispense au spectateur attentif, patient, scrupuleux, la récompense de suivre la peinture. Ne nous abreuvons pas seulement de la stridence de certaines touches colorées, mais goûtons aussi la saveur des violines, des verdâtres, des gris et des beiges qui nimbent le monde vivant de la toile.
Puis-je me permettre de rapporter un propos du peintre lors d'une visite de son atelier ?
Alors qu'il s'épanchait sur l'art de Rodin, il semblait planer comme une interrogation, insinuant qu'il aurait pu malaxer l'argile, se battre avec la terre du sculpteur, s'intégrer à cette construction de l'espace qu'est toute oeuvre sculptée. Comment enfin ne pas sentir ce désir qui le fouaille dans son entreprise fougueuse et qui le tient en haleine, cette joie d'investir la surface du tableau, de la pénétrer en profondeur et de laisser apparaître sous les surcouches sombres, des fonds, des franges délicatement ocres ou roses, dans une démarche complexe qui traduit une approche chaleureuse de l'homme et une mouvance panthéiste de la vie.
Jean VEILLET
Né le 20 mars 1926 à Charenton-le-Pont (94). Famille mi-parisienne mi-movandelle toutes deux de très vielles souche.
Fait de la peinture depuis l'âge de 10 ans.

Parallèlement à des études classiques (1938-1944) fréquente divers ateliers de la Grande Chaumière.
En 1943, expose une première fois au Salon de Saint-Maur-des-Fossés une petite toile primée.
En 1945, travail l'affiche dans les ateliers de Max Ponty et de Colin.
Pendant sa période militaire (1946-1947) exécute des décors monumentaux dans différentes casernes.
1948, nombreuses rencontres avec Antonin Artaud dans l'atelier de Minouche (soeur de Paule Thevenin).
A partir de 1948, se consacre totallement à la peinture parallèlement à différents métiers alimentaires (Publicité, Peinture en bâtiment, Enseignement, Représentations commerciales, etc...)
Exécute dans les années 1950 un certain nombre de gravures, principallement sur bois (illustration pour Villon, Baudelaire, La Fontaine, Marcel Aymé, etc...).
En peinture, après les tâtonnement de jeunesse marqués d'un néo-cubisme influencé par André Lhote, vient à une réalité fortement teintée d'expressionnisme (1952-1961).
A partir de 1960-1961, et jusqu'en 1966 environ, se tourne vers une abstraction lyrique ayant pour sujet "l'eau", "le jazz", "la Corse".
En 1967, éprouve le besoin d'un retour au figuratif. Figuratif de plus en plus libre au fur et à mesure des années et de plus en plus expressionniste dans des séries de toiles très thématiques ayant pour sujet presque toujours le corps humain.
Depuis 1984 environ, cet expressionnisme se marque d'une certaine abstraction dans le traité de la toile.
Peintre s'accordant de grandes libertés avec la représentation formelle des individus. Eclatement de la peinture et de la nature.
Après avoir passé de nombreuses années en Corse et dans le Hautvar, travaille actuellement en région parisienne et dans le Morvan.
Expositions personnelles
1974 - Galerie Philippe Demay, le Cycle des Léda, Paris 7e, suivi d'un entretien radiophonique sur la Peinture à l'ORTF/ Bry-sur-Marne
1975 - Galerie Vallombreuse, Biarritz, les Mains
1977 - Galerie Vallombreuse, Palm Beach, Floride, USA, Figures de Fous
1978 - Atelier Serge Goulet à La Varenne, les Femmes emmaillotées
1981 - Galerie d'exposition de l'UBP, Boulevard Haussmann, Paris, 10 années de peinture
1988 - Galerie Muscade, Paris 4e, Femmes sans têtes
- Galerie de Figanières, Var
1990 - Galerie Muscade, Paris 4e "Les Hom' St Blaisien.
1991 - Centre Culturel de Rosny-sur-Seine, 17 grand formats années 1989/90
1992 - Galerie Muscade, Paris 4e, Nu en pied "s", L'Ete Saint-Blaisien
1994 - Galerie Remarque, Trans-en-Provence, Var, Ophélie en Meaulx
1995 - Librairie, Galerie des Pavillons, Lyon 7e, Astarté et autres femmes
1996 - Conservatoire de Musique d'Angoulème, le Bouillon de Narcisse, autoportraits
1997 - Espace Commines, 10 ans de Muscade, 20 toiles et oeuvres graphiques, Paris 3e
2000 - création du site internet "choix sur 50 ans de peinture"
2001 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
2002 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
2002 - rétrospective 1989/1999 à Champigny sur Marne (63 toiles)
2003 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
2004 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
- Galerie Splonik, Saint Maur des Fossés (94)
2005 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème, Peintures et gravures sur linos
2007 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
- Galerie Splonik, Saint Maur des Fossés (94)
2008 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
2009 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
2010 - Galerie Noëlle-Aleyne, Paris 3ème
De 1949 à nos jours, nombreuses manifestations à différents salons et manifestations ainsi qu'à des expositions de groupes (participant ou invité d'honneur)