Hervé GLOAGUEN : SON OBJECTIF PEINT L’AVANT-GARDE
"Je ne cessais d’entendre répéter autour de moi qu’il ne se passait rien à Paris, dans le cadre de l’art contemporain. On citait New York, Londres, Dusseldorf, Cologne, Zurich, mais jamais Paris. J’ai fait oeuvre de journaliste, je suis allé voir si c’était vrai".
C’est le photographe Hervé Gloaguen qui parle. Il est l’un des membres fondateurs de l’agence Viva, créée voici trois mois. Pendant deux ans, il a donc photographié les principaux "leaders " de l’art contemporain. Il en a tiré un livre dont nous avons extrait ces photos. Cet ouvrage, après des fortunes diverses, n’a malheureusement pas trouvé d’éditeur... La révélation de l’art contemporain, Hervé Gloaguen l’a eue lors de rencontres avec John Cage et Merce Cunningham, en 1965-1966, à New York. Breton de vingt huit ans, arrivé six ans auparavant à Paris, renvoyé de l’école de photographie de Vaugirard (car il n’avait jamais touché un appareil), "exploité " par un directeur d’agence de presse (qui pratiquait plus volontiers l’escroquerie que l’information), Gloaguen effectue alors divers travaux pour Réalités, Saint Gobain, et l’E.D.F. L’affirmation du "désert culturel de Paris " ne le satisfait guère. Il s’est aperçu que la naissance de l’art cinétique, avec Julio Le Par et le Groupe de recherches d’art visuel, et du nouveau réalisme, avec César, Tinguely et Martial Raysse, date des débuts des années 1960. "Ces deux mouvements nés à Paris étaient alors inconnus mais importants. Le public s’était arrêté à Mathieu et à Buffet. Pour lui, c’était cela la modernité. Pourtant, depuis dix ans, autre chose était né et on ne s’en était guère aperçu. "
L’audience de ces nouveaux mouvements n’avait pas dépassé un cercle privilégié de cinq cent personnes, leur expression n’ayant d’autres supports que de petits bouquins et des revues confidentielles. Rien n’avait été fait pour une plus large information. C’est là qu’est née l’idée de ce livre. Pour le réaliser, Gloaguen va collaborer avec une jeune journaliste, Anne Tronche, qui, très introduite dans ce milieu, se chargera d’écrire le texte. "Nous avons fait une liste de noms. Nous ne voulions pas d’une oeuvre exhaustive. Notre propos était d’exprimer le climat de l’art moderne. Celui d’Anne Tronche, d’être informatif. Le mien, de voir ce qui se passait et de le traduire en photos. Faire un compte rendu le plus complet possible, pas forcément des personnages, mais surtout des tendances. La liste de noms établie, j’ai tiré les sonnettes. " Pendant deux ans, en effet, entre deux reportages ou déplacements, Hervé Gloaguen va faire sa quête. L’accueil est toujours bon. Il ne transporte avec lui aucun matériel imposant. Au contraire, tout sera fait avec un simple Nikon et en lumière ambiante. Il ne passe parfois qu’une demi-journée avec l’artiste. Dans d’autres cas, il revient le voir, cinq, six, sept fois. "Je téléphonais, je regardais, je discutais, j’essayais de comprendre l’univers de l’artiste. " Pour César, il reviendra même plus d’une dizaine de fois. "César fait un numéro immense. Il est sans arrêt sollicité. César est peut-être l’homme le plus public, car son cabotinage fait partie de son être intime, mais il est en réalité le plus réservé, le plus secret. Tant que je n’ai pas eu véritablement accès à lui, je suis resté à l’affût. Un jour enfin, il a pris un petit tonneau de polyuréthane, et il l’a versé sur le sol et a commencé à travailler. C’est cela que j’attendais. J’avais réussi. Pour d’autres, au contraire, il a suffit d’une seule rencontre. J’essayais de me faire le plus petit possible, d’être oublié. Je n’avais pas la prétention de devenir un photographe d’artistes. Il y en a déjà quelques-uns à Paris et qui font d’ailleurs très bien ce travail..."
Pendant ces deux années, Hervé Gloaguen ne fait tirer aucune photo. Il attend de pouvoir disposer de toutes les images à la fois. "Si j’avais agi autrement, j’aurais inévitablement modifié ma démarche, changé mon regard sur les gens. " Quand j’ai eu tout terminé, j’ai examiné les contacts. Un thème principal s’en dégageait à l’évidence : "la gueule " des gens. Je n’avais pas spécialement fait des portraits, et pourtant mon travail apparaissait comme une galerie de quatre-vingt gueules impressionnantes. Le texte d’Anne Tronche terminé, nous avons élaboré une maquette du livre et l’avons présentée partout. Comme nous ne connaissions personne, nous avons fait du porte-à-porte avec notre maquette sous le bras. Nous ne voulions pas nous laisser récupérer par les uns ou par les autres, jouer le jeu des petites mafias de l’art parisien... Cela ne nous a guère réussi : la maquette dort toujours dans nos tiroirs..."
Photo, Juillet 72
Ce livre a finalement été imprimé en 1973 sous le titre L’art actuel en France. Du cinétisme à l’hyperréalisme. Aux éditions André Balland, Préface de Gérald Gassiot.Talabot.
DEUX ANS DE TRAVAIL DANS L’INTIMITE DE 80 ARTISTES CONTEMPORAINS
“I kept hearing continually repeated around me that nothing was happening in Paris, within the context of contemporary art. New York, London, Dusseldorf, Cologne, Zurich were quoted, but never Paris. I did the work of a journalist, I went to see whether it was true.”
This is the photographer Hervé Gloaguen who is speaking. He is one of the founding members of the Viva agency, created three months ago. For two years, he photographed the main “leaders” of contemporary art. He put together a book from a collection of these photos, from which we have selected these photographs. This work, after various fates, unfortunately did not find an editor.
Contemporary art was revealed to Hervé Gloaguen in 1965-1966, during several meetings with John Cage and Merce Cunningham, in New York. A Breton of twenty eight years, come to Paris six years earlier, turned away from the Vaugirard photography school (because he had never touched a camera), "exploited" by a branch manager of press (who was more inclined to swindle than to report real information), Gloaguen then completed various works for Réalités, Saint Gobain, and the E.D.F. The assertion of the "cultural desert of Paris" hardly satisfies.
He became aware of the birth of kinetic art, with Julio Le Parc and the Group of Research of Visual Art, and of new realism, with César, Tinguely and Martial Raysse, just beginning in the early 1960’s. These two movements born in Paris were then unknown but important. The public had stopped at Mathieu and Buffet. For them this was modernity. However, in the ten years since, another thing was being born and no one had noticed.
The audience of these new movements did not exceed a privileged circle of five hundred people, their expression having for support only informal books and confidential reviews. Nothing had been done to create further reaching information. From this situation the idea of Gloaguen’s book was born. To make it, Gloaguen collaborated with a young journalist, Anne Tronche, who, very familiar with this medium, took charge of the text. “We made a list of names. We didn’t want an exhaustive work. Our intention was to express the climate of modern art. The object for Anne Tronche was to be informative. Mine was to see what was happening and to translate it into photographs. To make the most complete possible report, not necessarily of individuals, but above all of tendencies. The list of names established, I set off”. For two years, in fact, between two reports or displacements, Herve Gloaguen was on his quest. His reception was always good. He didn’t take with him any imposing materials. On the contrary, all is done with a simple Nikon and in ambient light. He spent sometimes only half a day with an artist. In other cases, he came back to see him five, six or seven times. “I telephoned, I looked at, I discussed, I tried to understand the universe of the artist”. For Cesar he came back more than ten times. “Cesar was a huge issue. He was solicited without stop. Cesar is perhaps the most public man, because hamming it up is part of his intimate being, but in reality he is the most reserved, the most secretive. While I didn’t have real access to him, I remained at the edge. One day, finally, he took a small can of polyurethane, and he dumped it out on the floor and began to work. It was what I had been waiting for. I had succeeded. For others it had taken only one meeting. I tried to make myself as small as possible, to be forgotten. I didn’t have the intention of becoming a photographer of artistes. Such photographers already existed in Paris, and who did their work very well as a matter of fact…”
During these two years, Hervé Gloaguen did not print a single photo. He waited to be able to have them all at his command at once. “If I had acted otherwise, I would have inevitably modified my approach, changed my view of people. When I had finished everything, I examined the connections. A main theme clearly emerged from them: the “mugs” of people. I hadn’t specifically done portraits, and yet my works appeared to be a gallery of 80 striking mug shots. With Anne Tronche’s text finished, we developed a mock-up of the book and we presented it everywhere. As we didn’t know anyone, we went door to door with our mock-up in tow. We didn’t want to let ourselves be taken in by anyone, to play the game of Parisian art’s little mafia. This hardly worked: the mock-up is still sleeping in our drawers…”
Photo July ‘72
This book was finally printed in 1973 under the name of L’art actuel en France. Du cinétisme à l’hyperréalisme (Current Art in France : From Kintetics to Hyper-realism). Publisher André Balland, preface by Gérald Gassiot.Talabot.
Hervé GLOAGUEN est né à Rennes en 1937.
Il vient à Paris en 1958 pour étudier la photographie à l’ETPC, qu’il quitte au bout de 6 mois. Il reste photographe autodidacte jusqu’en 1960.
1960-1962 : Service militaire dans la Marine
1963 : Au vu de ses photos, le cinéaste Chris MARKER le recommande au magazine Réalités. Le photographe Gilles EHRMANN dont il devient l’assistant l’initie à la technique professionnelle et à la "création en toutes choses..."
1964 : Activité de free-lance. Premiers travaux professionnels pour EDF, Saint Gobain, et pour Réalités.
En 1965, passionné de Jazz, parcourant l'Europe et les Etats-Unis pour des commandes ou des reportages personnels, l'Art Contemporain le fascine, il photographie le peintre Andy WARHOL, le chorégraphe Merce CUNNINGHAM, le compositeur Karl Heinz STOCHAUSEN et réalise une série sur les plasticiens vivant à Paris dans les années 70. Ce reportage donnera lieu à l’édition du livre L’art actuel en France. Du cinétisme à l’hyperréalisme aux éditions André Balland en 1973, accompagné d’un texte d’Anne TRONCHE.
En 1971, Hervé GLOAGUEN rejoint l’équipe de l’agence VU. Mais les Editions Rencontres qui soutenaient l’agence se retirent, laissant un ensemble de photographes déçus.
En 1972 naît l’agence VIVA : agence de presse contestante et contestée dont la devise implicite est de " Faire des photographies personnelles sur des thèmes qui concernent tout le monde ". S’y rassemblent avec Hervé GLOAGUEN, Alain DAGBERT, Claude DITYVON, Martine FRANK, François HERS, Richard KALVAR, Jean LATTES et Guy LE QUERREC. H.G. travaille au sein de cette agence pendant dix ans produisant des reportages d'actualité et des travaux de longue haleine - reportages sur les Partis communistes européens (PCF, PCI, PCE), la Révolution des oeillets au Portugal en 1974, la chute de Saigon en 1975, les élections en Italie en 1976 et en Espagne en 1977, la réalisation d'un livre sur Lyon en 1982.
A partir de 1980, il travaille à créer un langage photographique en couleurs, sans flash, contrôlé et systématique, axé sur les deux pôles qui feront le reportage moderne : le réalisme du reportage et la subjectivité des images. En fait dès 1975 il entreprend ce type de reportage nocturne sur Rome, qui s’achève en 1995 par l’essai photographique : Rome, la nuit.
Depuis 1982, Hervé GLOAGUEN est représenté par l’agence RAPHO. Il signe plusieurs reportages en couleurs dans le magazine GEO et différentes publications. Il effectue de nombreux séjours en Afrique pour l'Institut Mérieux de Lyon, et le Haut Commissariat aux Réfugiés de Genève. Il participe, comme photographe, de 1990 à 1998, aux raids aériens d’Air Solidarité qui lui permettent de survoler une grande partie de l’Afrique. Il réalise un reportage sur le commerce mondial du sang diffusé dans la presse internationale.
En 1997, H.G. voyage au Pérou et en Bolivie. En 2002 il entame un essai photographique sur Londres.
Exposition au jeu de Paume sur l’agence VIVA, dont il fût un des fondateurs (télécharger le dossier PDF)
1973 : Milan (IT), Galerie Diaframa (avec VIVA) - Londres (U.K.), Photographers Gallery (avec VIVA)
1974 : Paris, Musée d’Art Moderne : 50 photographies d’artistes français contemporains
1975 : Arles, Rencontres Internationales de la Photographie (avec VIVA)
1976 : Köln (D), Galerie Wilde (avec VIVA)
1977 : New Castle (U.K.), Syde Gallery (avec VIVA)
1982 : Lyon, Fondation Nationale de la Photographie : "Lyon, portrait d’une ville"
1989 : Paris, Fnac Montparnasse : "Afriques" - Arles, RIP, et Paris, Fondation du Crédit Foncier de France : "Le miel et le bronze", 50 portraits en couleur de femmes nomades au Niger.
1992 : Perpignan, Visa pour l’Image : "Le marché mondial du sang" - Paris, Galerie Keller, "Portraits de femmes"
1995 : Paris, Centre Culturel Franco-Vietnamien : " de Saïgon à Ho-Chi-Minh-Ville", noir et blanc.
1996 : Paris, Fnac, "Des avions et des hommes"
1999 : Ouagadougou (Burkina Faso), "Des avions et des hommes",
2001 : Paris, Galerie Agathe Gaillard : "Jazz"
2006 : Gentilly, Maison Robert Doisneau, Rétrospective - Galerie ARCTURUS : "Artistes à Paris 1960-1970, regard sur une génération"
2007 : Rétrospective Viva, Jeu de Paume site Sully
" L’art actuel en France, du cinétisme à l’hyperréalisme " - Edition André Balland - 1973
" Loire angevine " - Edition Chêne - 1979
" Lyon " - Edition Arthaud - 1982
AGAM (Yaacov)
AILLAUD (Gilles)
ALLEYN (Edmund)
ARMAN
ARROYO (Edwardo)
BARRE (Martin)
BEN
BOLTANSKI (Christian)
BURI (Samuel)
BURY (Pol)
CANE (Louis)
CAMACHO (Jorge)
CESAR
CHRISTO
CORNEILLE
CRUZ-DIEZ (Carlos)
CSERNUS (Tibor)
CUECO (Henri)
DADO
DEL PEZZO (Lucio)
DEVADE (Marc)
DEWASNE (Jean)
DEZEUZE (Daniel
DUFO
ERRO
FROMANGER (Gérard)
GASIOROWSKI (Gérard)
JACQUET (Alain)
JOURNIAC (Michel)
KLASEN (Peter)
KOWALSKI (Piotr)
KUDO (Tetsumi)
LE GAC (Jean)
LE PARC (Julio)
LIUBA
MALAVAL (Robert)
MONINOT (Bernard)
MONORY (Jacques)
OLIVIER (Olivier)
PANE (Gina)
PARRE (Michel)
POMMEREULLE (Daniel)
RANCILLAC (Bernard
RAYNAUD (Jean-Pierre)
RAYSSE (Martial)
SANDORFI
SANEJOUAND (Jean-Michel)
SARKIS
SOTO (Jesus)
TAKIS (Panayotis Vassilakis)
TELEMAQUE (Hervé)
TINGUELY (Jean)
TITUS-CARMEL (Gérard)
VARDANEGA (Grégorio)
VIALLAT (Claude)
ZEIMERT (Christian)
| Galerie ARCTURUS | |
| arcturus@art11.com | |
| web | http://www.art11.com/arcturus |
| rue / street | |
| code postal / zip code | 75006 |
| ville / city | Paris |
| pays / country | France |
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| fax | 33 1 43 25 33 89 |
Du mardi au vendredi : 14 h à 19 h - le samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h. Fermé en août. Tuesday - Friday : 2 pm to 7 pm - Saturday : 11am-1 pm / 2 pm to 7 pm. Closed in August. |
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| Métro : Mabillon, Odéon, Saint Germain des Prés Bus : 24, 27, 39, 48, 95 Parking : 27, rue Mazarine, 21, rue de l'Ecole de Médecine, Place Saint Sulpice, Place Dauphine, St Germain des Prés |
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